Un message circulant dans plusieurs groupes WhatsApp en République Centrafricaine et en RDC soutient que les médias occidentaux essaient d’étouffer la découverte d’un vaccin 100% efficace contre Ebola par le scientifique Congolais Muyembe Tamfum. C’est une infox.

« Urgent. Je demande à tous les africains de partager cette publication. Les occidentaux veulent étouffé la trouvaille scientifique du docteur Muyembe. Le docteur Muyembe a bel et bien trouver un vaccin contre Ebola et cela dans son laboratoire à Kinshasa. Les recherches contre le virus contre Ebola ont été financé à 100 % par la République démocratique du Congo. RFI, France 24, CNN… ne veulent pas diffuser cette innovation et veulent étouffé l’histoire » écrit un message partagés sur les réseaux sociaux.

« Le docteur Muyembe mérite son prix Nobel. Congolais telema panza sango [ndlr Congolais lèves-toi et propages la nouvelle-en langue Lingala, parlée en RDC, au Congo-Brazzaville, au Gabon,…] il faut que l’on arrête d’étouffer l’intelligence africaine . Hier le Japon a reconnu l’innovation du docteur Muyembe et lui a remis un prix de l’innovation scientifique » poursuit le message.

Pourtant la note du projet Pamoja Tulinde Maisha, ayant mené l’enquête sur l’essai clinique dont les conclusions ont mené aux résultats de l’efficacité de la molécule thérapeutique mAb114 ne fait pas allusion à une invention d’un vaccin par le professeur Jean-Jacques Muyembe. Le scientifique a également expliqué à Congo Check que le traitement mis en place par lui, son équipe et ses partenaires est un médicament destiné à soigner les malades déjà infectés de la maladie à virus Ebola, alors que le vaccin est administré principalement aux personnes encore saine exposés au virus (contacts des cas confirmés, contacts de contacts, membres du personnel de santé de première ligne).

Bien que conçu par le médecin congolais, le traitement mAb114 est une propriété du gouvernement américain comme le précisé l’organisation mondiale de la santé dans sa note du 11 octobre 2018 après une consultation sur le lancement de l’essai clinique des traitements expérimentaux dans le cadre de la dixième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.

« Les professeurs Jean-Jacques Muyembe-Tamfum et Sabue Mulangu sont répertoriés comme inventeurs de la demande de brevet relative à mAb 114, US Application No.62/087, 087 (PCT Application No.PCT/US2015/060733) liés aux anticorps anti-virus Ebola et à leur utilisation; bien qu’ils fassent partie des inventeurs de cette demande de brevet, l’invention en question appartient au gouvernement des États-Unis » écrit la note de l’organisation mondiale de la santé, OMS.

« Et les professeurs Jean-Jacques Muyembe-Tamfum et Sabue Mulangu n’ont pas reçu d’argent pour cette invention et, étant donné la faible valeur commerciale des produits obtenus (limités à une utilisation lors d’épidémies d’Ebola Zaïre), ils estiment peu probable qu’ils recevront des revenus en tant qu’inventeurs à l’avenir » poursuit la même note consultable en ce lien (https://www.who.int/ebola/drc-2018/treatments-approved-for-compassionate-use-update/en/)

L’étude Pamoja Tulinde Maisha (PALM [ensemble pour sauver des vies]) est un essai contrôlé randomisé de quatre agents expérimentaux (ZMapp, remdesivir, mAb114 et REGN-EB3) destinés au traitement de patients atteints de la maladie à virus Ebola. L’étude a débuté le 20 novembre 2018 en République démocratique du Congo (RDC) dans le cadre de la réponse d’urgence à une épidémie d’Ebola en cours dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

« Au 9 août 2019, 681 patients avaient été recrutés dans l’essai, soit un total de 725. Les patients ont été recrutés dans quatre centres de traitement Ebola à Beni, Katwa, Butembo et Mangina. Ces centres ont été supervisés par des membres du personnel de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB); le ministère de la santé de la RDC; et trois organisations humanitaires médicales: l’Alliance pour l’action médicale internationale (ALIMA), l’International Medical Corps (IMC) et Médecins sans frontières (MSF) » lit-on dans la note rendue publique par Pamoja Tulinde Maisha.

L’essai est surveillé par un comité de surveillance des données et de la sécurité (DSMB) indépendant qui se réunit périodiquement pour examiner les données provisoires sur l’innocuité et l’efficacité et pour faire des recommandations à l’équipe d’étude et aux promoteurs. À la suite de son examen du 9 août 2019, le DSMB a recommandé d’arrêter l’étude et de randomiser tous les futurs patients afin de recevoir REGN-EB3 ou mAb114 au cours de la phase considérée comme une extension de l’étude.

« Cette recommandation reposait sur le fait qu’un des produits, REGN-EB3, avait satisfait à un critère d’arrêt précoce du protocole. Les résultats préliminaires chez 499 participants à l’étude ont indiqué que les individus recevant REGN-EB3 ou mAb114 avaient plus de chances de survie par rapport aux participants des deux autres groupes » écrit la note publiée à l’annonce de l’efficacité de ces deux traitements, jadis utilisés à titre compassionnel.

« Les enquêteurs principaux de l’étude, son statisticien et ses coauteurs ont accepté cette recommandation et le personnel de centres de traitement d’Ebola sur les sites a été rapidement informé. En plus de limiter les randomisations futures de patients à REGN-EB3 et à mAb114, les patients randomisés pour ZMapp ou remdesivir au cours des 10 derniers jours ont désormais la possibilité, à la discrétion de leur médecin traitant, de recevoir REGN-EB3 ou mAb114 » poursuit la note consultée par CONGO CHECK.

Bien que l’analyse finale des données ne puisse avoir lieu qu’une fois toutes les données générées et collectées (probablement fin septembre / début octobre 2019), le DSMB et les responsables de l’étude ont estimé que l’analyse préliminaire des données existantes était suffisamment convaincante pour recommander et mettre en œuvre ces données.

« Les résultats complets seront soumis pour publication dans la littérature médicale revue par les pairs dès que possible » souligne cette étude est coparrainée et financée par l’INRB et l’Institut national des maladies allergiques et infectieuses (NIAID) des Instituts nationaux de la santé des États-Unis; réalisée par un consortium de recherche international coordonné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS); et soutenu par quatre sociétés pharmaceutiques (MappBio, Gilead, Regeneron et Ridgeback Biotherapeutics).

Fiston MAHAMBA et Rodriguez KATSUVA