Coronavirus : il n’existe aucune preuve de monnayage des dépouilles par la riposte en RDC

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Depuis le début du mois de mai, plusieurs vidéos filmées dans les hôpitaux de la ville de Kinshasa (ayant notifié plus de 2000 cas de Covid-19) indiquent que les scènes montrées sont des preuves de monnayage des dépouilles par les équipes de la riposte.

Ces vidéos ont été bel et bien filmées dans les hôpitaux qui prennent en charge les madales atteints de Covid-19 en République Démocratique du Congo. Cependant, les légendes sonores ou textes décrivant que les faits sont des détournements pour des faits de gonflements des statistiques sont fausses concluent les recherches menées par Congo Check.

« Trois personnes dont deux hommes et une femme ont été visiblement arrêtées par la police. Elles portent des masques. Selon le témoignage de la vidéo, ces personnes se sont présentées au nom des équipes de la riposte contre covid-19. Elles ont proposé à la famille du défunt une somme de 5000 dollars pour qu’ils confirment que leur membre est décédé du covid19 » relate une vidéo de 5 minutes et 29 secondes diffusée sur la chaine YouTube Kin Makambo depuis le 18 mai 2020.

Une personne se présentant comme le neveu de la victime explique dans cette vidéo et dénonce cet acte. Elle précise que son oncle a souffert pendant 5 mois et il est mort d’une autre maladie et non de Covid-19.

Une autre vidéo est filmée devant une morgue et les commentaires des femmes indique que la dépouille, manipulée par les équipes de riposte n’est pas décédée de la COVID-19 plutôt d’un accident.

John Bokene, un des administrateurs de l’hôpital du Cinquantenaire, où certaines des scènes ont été filmées et qui a été interpellé dans le cadre de l’enquête sur ces allégations a accordé un long entretien à Congo Check afin d’expliquer le déroulement de ces événements.

Travaillant dans le département de relations publiques ainsi que dans la communication dans le cadre de la riposte, il relate qu’il se rappelle bien des femmes qui discutaient dans la vidéo partagée. « Elles ne font même pas partie de la famille proche. Je connais bien le nom du défunt. Il n’est pas arrivé parce qu’il avait fait un accident comme le déclarent les femmes qui commentent la vidéo. C’était une fausse information. Il est arrivé ici dans l’ambulance de l’équipe de riposte. Il a été traité comme patient atteint de COVID-19. Il est mort et la famille a le résultat de l’INRB [ndlr=Institut National de Recherche Biomédicale, organe étatique habilité à faire le diagnostic sur les personnes suspectes d’infection à la Covid-19] ».

« C’est ce que je peux affirmer. L’incident s’est produit ici (hôpital du Cinquantainaire) mais les déclarations qui sont dites dans cette vidéo sont fausses. Le défunt est mort de Coronavirus. Par mesure de précaution, le corps doit toujours être accompagné par les équipes d’enterrement digne et sécurisé de la Croix-Rouge. C’est là où vous avez vu lors de la levée du corps dans la vidéo, des agents de la Croix Rouge aux tenues de protection individuelle, qui désinfectaient l’endroit » explique John Bokene.

« C’est juste la routine. Avant de prendre le cercueil, ils doivent pulvériser le chlore pour essayer de désinfecter davantage si jamais, il y a eu des infections quelque part » explique cet agent de la riposte.

« Pendant que la Croix-Rouge faisait son travail, qu’elle fait au quotidien quand un décès est reporté, un membre de la famille du défunt qui s’est emporté pour dire que le monsieur a eu un accident et que c’est à son arrivée à l’hôpital du Cinquantenaire qu’il a été déclaré atteint de Covid-19 ».

John Bokene détaille que la thèse développée par ce membre de famille, reprise par les femmes filmées et distillée dans la communauté est tout à fait fausse. Il revient sur le protocole permettant aux équipes de riposte de valider un cas en tant qu’atteint de Covid-19.

« Ici à l’hôpital du Cinquantenaire pour qu’un malade soit classifié en tant q’atteint de Covid-19, on doit avoir les résultats de l’INRB. Tant que le malade n’a pas les résultats de tests effectués par l’INRB, quel que soit les symptômes, il ne peut pas être déclaré confirmé à la Covid-19 ».

« L’hôpital dans sa politique de gestion de la cette crise sanitaire a créé un pavillon de cas suspects. Ceux-ci ne sont pas des cas confirmés au Coronavirus. Aujourd’hui, dans les hôpitaux, quand un malade se présente, même s’il a une fièvre qui est dûe à la malaria, à la typhoïde… on prend toutes les précautions possibles dans leur traitement. À l’hôpital du Cinquantainaire, on a pas de soucis quant à la disponibilité de l’espace pour accueillir les malades. On a placé un pavillon des personnes qui présentent de la fièvre puisque la fièvre est l’un des symptômes de Covid-19. Lorsque ces personnes arrivent elles sont traitées normalement. Néanmoins par précaution, les personnes soignant mettent des tenues de protection jusqu’à ce que nous aurons les résultats de l’INRB qui attestent que les malades sont atteints ou non de Covid-19 ».

Prise en charge totale des soins et des enterrements par le gouvernement

« Quand quelqu’un est diagnostiqué positif au Coronavirus, la prise en charge est assurée à 100% par le gouvernement » introduit John Bokene.

« S’il y a un cas de décès, le gouvernement continue à assister la famille pour diluer un peu la douleur. Sur le plan financier, la plupart des familles de victimes n’étaient pas préparés à assumer des coups. Dans cette période de crise sanitaire, il y a aussi la crise financière qui s’en suit. Organiser les funérailles d’un proche sans moyens financiers dans les 48 heures suivant son décès n’est pas aisé pour toutes les familles. Dans les règles de riposte, on ne peut pas garder un corps atteint de COVID-19 à la morgue. Ce qui fait qu’on peut le garder quelques heures, le temps que la famille s’arrange avec les équipes de la Croix-Rouge pour les funérailles ».

Tout corps est suspect durant une épidémie et doit être enterré selon le protocole d’enterrement digne et sécurisé

« Le protocole national indique que lorsqu’ il ya un corps mort de COVID-19, il faut que le corps soit sécurisé par l’équipe de la Croix-Rouge, c’est-à-dire qu’il faut tout d’abord désinfecter le corp par le chlore et le mettre dans le sac montuaire pour éviter la contagion. C’est après l’application de ce protocole que le corps peut être acheminer à la morgue » précise cet agent de santé.

La riposte a besoin d’argent pour sauver des vies et ne peut pas le dilapider pour gonfler des statistiques

Joint par Congo Check, Steve Ahuka Mundeke, Incident Manager dans la riposte contre la COVID-19 rapporte que les personnes qui partagent ces contenus multimédia sont mal intentionnées et ont pour objectif de nuire à la riposte.

« Il s’agit d’une fausse information que l’on balance sur les réseaux sociaux. Les gens sont en train de se fabriquer des histoires. La riposte est en difficulté faute des moyens financiers, comment va-t-elle avoir de l’argent pour acheter des corps des personnes décédées d’autres maladies? Il y a plusieurs corps des indigents à l’hôpital général, pourquoi on ne peut pas prendre ces corps pour augmenter le bilan ? La riposte se bat pour que le taux de mortalité baisse, pour quel intérêt va-t-elle vouloir augmenter les morts en achetant d’autres corps en famille? » s’interroge-t-il.

« En mars 2020, le taux de mortalité était autour de 12%, aujourd’hui, on est à 3%. Notre but est de réduire la mortalité à zéro. Comment expliquer que nos équipes dont la mission est de réduire le taux de mortalité, vont de nouveau acheter des corps pour augmenter le même effet contre lequel nous luttons? »

Pour lui, cette vidéo a pour but de faire de buzz ou pour nuire. » Cette vidéo entretient des confusions car pendant ce temps des gens se contaminent et d’autres meurent. Nos équipes sur terrains sont maintenant attaquées, elles sont victimes des agressions, car des gens qui n’analysent pas croient que ces informations sont vraies. Cette situation démotive la riposte et accentue la crise,’’ déclare Steve Ahuka Mundeke.

Dans le rapport épidémiologique du 22 mai 2020, la riposte contre la COVID-19 en RDC a signalé les aggressions que subissent ses agents sur terrain notamment des menaces de la part de la communauté qui résiste aux activités de la riposte.

« Des tracasseries continuent contre les équipes de la riposte contre la Covid-19 à Kinshasa. Un médecin traitant de la Covid-19 de l’Hôpital du cinquantenaire, le Dr Alain Kalutha, a été interpellé ce vendredi 22 mai 2020 par la Police judiciaire de Kinshasa sur une controverse au sujet d’un patient décédé au cours de ce mois de mai au sein de cette formation sanitaire. M. John Bokene, l’un des administrateurs de l’Hôpital du cinquantenaire, a lui aussi été interpellé par la même occasion. Après audition par un Officier de police judiciaire, les deux accusés ont présenté leurs moyens de défense et éclairé la lanterne. Ils ont été relâchés ce même vendredi,’’ indique le bulletin épidémiologique du CMR-COVID-19.

1 COMMENT

  1. Déjà pour la pris en charge c’est faux , je connais un centre de santé qui a déjà soigné un malade atteint du COVID19 avec tout les risques possibles , sans être soutenu par l’équipe de riposte .

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